Comment aménager efficacement un parcours volaille agroforestier ?

Comment aménager efficacement un parcours volaille agroforestier ?

Marie Moerman - Auteur

Introduction

En élevage avicole biologique, un parcours est mis à disposition des animaux afin de leur permettre d'exprimer leur comportement naturel, à savoir l'exploration et le grattage. L'accès leur est donné au moins 1/3 de leur vie. On constate cependant que sans aménagements appropriés, le parcours est peu fréquenté sur son entièreté. 

Des études ont montré que le temps passé sur le parcours est considérablement réduit lorsque les oiseaux ne considèrent pas comme sécurisé l'accès au parcours extérieur. Pour les inciter à utiliser au mieux le parcours, des implantations d'arbres et de haies sont à prévoir qui vont constituer des repères, guides et couverts sécurisants amenant la volaille à coloniser l'entièreté du parcours.

I - Pourquoi aménager un parcours de volailles?

L’ancêtre du poulet vivait dans la jungle, espace ouvert parsemé de points de protection tels que des bosquets, de grands arbres… où il cherchait refuge pour se protéger des prédateurs volants. C'est sur base de cette information que l'aménagement arboré des parcours extérieurs prend tout son sens. Les poules encore aujourd'hui se comportent comme des oiseaux de forêt. En observant le comportement des volailles hors du bâtiment, on remarque que celles-ci se déplacent rapidement d’un point d’ombre à un autre. Lorsque la distance entre ces deux points est trop importante, la volaille ne se déplace pas. Dès lors, l’expression de son comportement naturel n’est plus assurée.


Outre ce besoin d’un couvert rassurant lors de ses déplacements, la poule exprime un comportement naturel de recherche constante de nourriture qu’elle se procure essentiellement en fouillant le sol, par grattage et picorage. Sans possibilité d'exploration sur un parcours, le picorage peut se muer en picage sur les autres congénères, signe de stress et de mal-être chez la poule. 

Ainsi lorsqu'il est bien aménagé, le parcours peut être considéré comme partie intégrante du système de production avicole. En disposant sur cette surface des structures végétales arborées ou arbustives, la dispersion des volailles sur l'entièreté du parcours est favorisée et certains risques inhérents à la sortie des volailles peuvent être gérés, tels que la prédation des rapaces, le parasitisme, l'accumulation de déjections en sortie de trappes…Cet aménagement agroforestier offre par la même occasion une réelle plus-value pour le producteur et aussi pour le territoire (Béral et al., 2014).

II - Comment concevoir l'aménagement d'un parcours?

Pour prévoir l'aménagement d'un parcours, il faut passer par trois étapes clés:

  • identifier les différentes zones sur le parcours
  • réaliser un état des lieux
  • choisir les éléments d'aménagement par zones de parcours identifiée

2.1. Identifier les différentes zones sur le parcours

  • Le bâtiment, ses abords et ses accès

Il est indispensable de mettre en place des moyens permettant de garantir la gestion des eaux de ruissellement (drains, fossés …) et de concevoir des chemins et des plateformes bien dimensionnés.

Pensez à disposer en front des trappes (espace sortie) différents dispositifs (treillis, caillebotis) en vue de limiter la formation de « baignoires », zones privilégiées au développement
de parasites. Un tapis de galets ou un trottoir bétonné constitue également une solution à la dégradation du sol en sortie de trappes.

L’ouverture des trappes est à préférer Sud –Est, pour bénéficier du soleil levant à l’ouverture des trappes. Le parcours doit être disposé à l'avant des trappes. Il faut éviter les parcours à l’arrière du bâtiment ou trop excentrés.

  • L'espace de sortie des trappes

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Nom
Volail_devant_trappes
Source
CRA-W
Copyright

Cette zone est estime à 10-15 m des trappes. Elle est en continuité directe du bâtiment. C’est la première partie explorée par les poulets. Si cet espace est boueux, soumis aux vents, trop chaud ou trop froid, le poulet ne sortira pas du bâtiment ou restera à proximité directe des trappes. Il doit donc être sain, protégé du vent et confortable. Il ne doit pas non plus être trop ombragé, car il risque alors de retenir les volailles. Cette zone doit rester une zone de transition.

  • L'espace intermédiaire

Cette zone s'étend à environ 40 mètres au delà des trappes. C'est un espace qui doit donner envie aux volatiles de s'aventurer plus loin sur le parcours. Il faut donc leur donner des repères visuels et de la protection contre les rapaces pour les rassurer et les amener à se disperser plus loin sur le parcours.

  • L'espace de fond de parcours

L'aboutissement d'un aménagement optimal est que les volailles colonisent l'entièreté du parcours et se rendent en fond de parcelle. Pour les y amener, des guides sont à nouveau nécessaires ainsi que des implantations assurant l'ombrage.  

2.2. Réaliser un état des lieux

2.2.1. Etat des lieux technique

Quelques éléments constituant le contexte d'implantation du parcours sont à prendre en considération dans son aménagement si on veut en optimiser l'usage:

  • L'exposition aux vents:

    C'est le premier facteur de limitation des sorties et déplacements sur le parcours. Il est important de définir l'orientation dominante des vents pour décider de l'emplacement des éléments de protection. L'implantation de haies brises vent sur le pourtour du parcours permettra de limiter

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    Alt text
    Nom
    Haies_sortie
    Source
    Centre wallon de Recherches agronomiques
    Copyright

    l'exposition du bâtiment (pour réduire les pertes d'énergie) et des volailles à l'extérieur. Des haies seront à ajouter également dans l'espace en sortie de trappe pour amener les individus à sortir du bâtiments et à s'éloigner des abords des trappes.

  • L'ensoleillement:

    Il faut prévoir des zones d'ombre sur le parcours, pour protéger les volatils du soleil lors des étés chauds. La distance entre deux zones d'ombre ne peut excéder 25 m sans quoi le déplacement des volailles est compromis. Si l'ombre est nécessaire, elle ne peut dépasser 40% de couverture de la surface du sol, sans quoi la production du couvert végétal est trop impacté.

  • Le contexte pédo-climatique:

    Les caractéristiques pédo-climatiques du parcours fixeront le choix des essences à implanter sur le parcours (les objectifs de production influenceront aussi le choix opéré).

  • Les zones d'accumulation d'eau:

    Il faut veiller à éliminer les zones de stockage d'eau où des parasites peuvent se multiplier. Il faut penser à drainer ces zones pour conserver un parcours sain.

2.2.2. Etat des lieux humain et économique

Des objectifs de production pourront être prévus pour les implantations envisagées sur parcours: production de fruits de table ou de jus, production de bois d'oeuvre, de BRF.... La réflexion par rapport à l'orientation donnée aux productions sur le parcours doit aborder les points suivants:

  • les opportunités de marché: le choix des essences doit faire l'objet d'une réflexion vis-à-vis des opportunités locales pour la transformation et l'écoulement de la production, et vis-à-vis des moyens à mobiliser pour gérer cette production;
  • le temps disponible: tant pour l'implantation que l'entretien et la récolte (et éventuellement la transformation), il faut prévoir un investissement en temps qui sera variable en fonction des options choisies. Les arbres fruitiers demandent beaucoup plus d'entretien et de technicité que les essences destinées à d'autres types de production;
  • les coûts et primes/aides disponibles: Il convient de prendre en compte toutes les
    dépenses : achat de l'arbre/arbuste, préparation de sol, protection des plants, (piquet, tuteur, grillage…), paillage, création de chemins.... Certaines de ces dépenses peuvent bénéficier d’aides financières à demander avant l’engagement des travaux

III - Quels aménagements prévoir pour inciter les volailles à sortir?

Chaque projet d'aménagement est unique, dépendant des éléments identifiés dans l'état des lieux (point 2.2) et des objectifs que l'agriculteur s'est fixé. Au travers des différents projets que le Centre Wallon de Recherches agronomiques a accompagnés dans l'aménagement de parcours, il ressort que les agriculteurs ont des motivations variées pour l'aménagement de leurs parcours: améliorer le bien-être de la volaille, optimiser la rentabilité de la surface allouée, perfectionner l'intégration de l'élevage dans le paysage, le maillage écologique de la région...

La règlementation en matière d'aménagement de parcours est à intégrer impérativement dans les choix opérés (RUE 2020/464 Article 16).

Les aménagements à prévoir sont à considérer par zone à aménager.

3.1. Le pourtour du parcours

Des haies sont à prévoir en périphérie du parcours. L’objectif de ces haies est principalement d’agir comme brise-vent, de créer de l'ombre mais aussi de créer de la biodiversité. Cet objectif est atteint en choisissant des espèces locales et diversifiées (5 à 7 essences). Cette haie sera composée d’arbustes et arbres en alternance avec un mélange des essences suivantes :

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Nom
Exemple de haie diversifiée
Source
https://www.adalia.be/la-haie-diversifiee-indigene-belle-et-utile
Copyright

peuplier tremble (Populus tremula), frêne commun (Fraxinus excelsior), fusain d’europe (Euonymus europaeus), viorne obier (Viburnum opulus), aubépine à deux styles (Crataegus laevigata), pommier sauvage (Malus sylvestris), châtaignier (Castanea sativa), noisetier (Corylus avellana).

On peut également privilégier des essences fruitières plus nobles tels que du noyer, châtaignier plantés tous les 15 m avec des essences à croissance rapide (aulne, noisetier…). Celles-ci peuvent être recépées par la suite pour laisser la place aux espèces les plus nobles. Dans les intervalles qui restent, on privilégie des espèces à plus faible croissance afin de rendre la haie bien dense à tous les étages.

Une haie doit être perméable à 50% aux vents, pour éviter la formation de tourbillons. La haie protège une zone sur 12 à 15 fois la hauteur du brise vent. Il faut éviter de l'implanter trop proche du bâtiment, pour optimiser le renouvellement de l'air à l'intérieur (compter minimum 6 à 8 m).

3.2. La zone de sortie de trappe

Là encore, des haies basses (1.5 à 2 m), locales et diversifiées sont préconisées. Elles sont placées à 5-6 m des trappes. Longues de 10 à 12 m, elles sont distantes d'une dizaines de mètres et perpendiculaires aux trappes. C'est pourquoi on parle de haies en peigne. 

Ces haies servent à la fois de brise vent, pour le confort des volailles, et de guide pour les amener à quitter les trappes, pour se disperser sur le parcours. 

Il est impératif de protéger ces haies par un treillis semi enterré. En effet, par son instinct d’animal gratteur, la volaille peut mettre à nu les racines des plantes, ce qui peut les mettre en péril.

Voici quelques exemples d’espèces et variétés que l’on peut introduire dans cette zone :
Viorne Obier (Viburnum opulus), Viorne lantane (Viburnum lantana), Synforine couvre-sol (Symphoricarpos chenaultii), Fusain d'Europe (Euonymus europeaus), Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea), Sureau noir (Sambucus nigra ‘Aurea’ et ‘Black Beauty’),Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia ‘Autumn Spiré’).

3.3. La zone intermédiaire

Cette espace s’étend sur environ 40 m après les trappes de sorties. C’est principalement une zone d’ombre et éventuellement de protection du vent. Les plantations se réalisent sous forme de petits bosquets espacés de 20 à 25 m l’un de l’autre. Les plantations sont également protégées de la volaille par un treillis semi enterré. 

On peut réaliser des enclos de 4 x 4.5 m soit 18 m2 accessibles périodiquement à l’intérieur, pour le désherbage, par une ouverture dans le treillis. Il est intéressant d’associer des plantes de différentes hauteurs pour créer un massif. Cet endroit peut se prêter à la mise en place de petits fruits (groseilles, cassis, framboises….) avec des fruitiers de plus grandes dimensions (noisetiers, griottiers, amélanchiers, sureaux…). Il faut pailler le pied des arbres et arbustes à la plantation. Pour 18 m2, il faut compter 4 plantes de petits fruits pour 1 arbre fruitier de plus grande dimension.

3.4. La zone en fond de parcours

Dans cet espace, on peut utiliser une plantation de type «verger», «bosquet», «arbres isolés ou alignés», «forêt claire», ou combiner ces différents modes d’aménagement.
Le verger doit être constitué d’arbres à haut développement (cerisier, pommier, poirier, prunier …etc.) susceptibles d’avoir un tronc assez haut pour permettre le passage des engins mécanisés . L’espacement doit permettre l’utilisation des matériels d’entretien disponibles
sur l’exploitation sans toutefois excéder 25m.

Le choix des variétés sera basé principalement sur la rusticité par rapport aux conditions pédoclimatiques et aux principales maladies.